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L’étrange affaire du Levothyrox : un simple faux ou un véritable scandale sanitaire ?

Voici le message de Jean-Yves Nau, journaliste et docteur de médecine, qui a réagit à la lecture du Journal du Dimanche du 19 novembre 2017, en rubriques Opinions & Controverses.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que Jean-Yves Nau semble surpris lui aussi, par l'attitude des représentants exécutifs et de la Ministre de la Santé.


Bonjour

 

Comment comprendre l’étrange quand il sonne à votre porte ? Page 39 d’un Journal du Dimanche plus macron-centré que jamais on trouve une tribune signé d’André Grimaldi, diabétologue redoutable, bien connu des médias et de Jacques Young, endocrinologue. Sous le titre « Le faux scandale du Levothyrox ,» ces deux spécialistes avancent une hypothèse qui ne manque pas de déranger. Ils estiment en substance que le phénomène qui a pris le nom de cette spécialité pharmaceutique n’est que le fruit d’un effet nocebo associé à un emballement collectif né de l’activité des médias donnant écho à « certains leaders d’opinions (artistes ou autres) ».

 

« Et si les déclarations alarmistes, voire complotistes, avaient déclenché un effet nocebo massif ? » demandent les deux spécialistes – qui, non sans paradoxe, s’interrogent sur la question (essentielle) de la décrédibilisation des « experts ». Décrédibilisation corollaire des décideurs institutionnels et politiques. Et de qualifier d’ « absurde » la mise en cause de deux ministres (Agnès Buzyn et Bruno Le Maire) de même que celle de l’Agence nationale de sécurité du médicament.

 

L’absurdité n’est peut être pas là où on pourrait, rapidement, la situer. Il faut ici souligner que l’affaire Levothyrox française a connu, au minimum, un précédent comme le rapportait le site Medscape (Stéphanie Lavaud) le 13 octobre dernier.

 

Détresse émotionnelle

« Ce qui s’est passé en France n’est pas sans rappeler l’épisode néo-zélandais qui s’est déroulé en 2007 où un changement dans la composition d’un médicament contre l’hypothyroïdie a entraîné un boom des signalements d’effets indésirables (1400 en 18 mois contre 14 en 30 ans). La situation a fait l’objet d’un article dans le British Medical Journal  . Des analyses du médicament ont montré que la nouvelle version était bioéquivalente à l’ancienne. Et si 5% des patients pouvaient avoir expérimenté des effets secondaires liés au nouveau produit, il a été considéré que la composition de la nouvelle formule ne pouvait expliquer la majorité des effets.

 

« D’autres facteurs ont été suggérés pour expliquer cette recrudescence soudaine d’EI parmi lesquels le manque d’information des patients, des rumeurs autour de la production du nouveau produit, l’absence d’alternative médicamenteuse, la couverture médiatique et la relative fragilité des patients.

 

« ‘’Les personnes avec des plus hauts niveaux de détresse émotionnelle et d’anxiété sont plus susceptibles d’attribuer des symptômes physiques à une intervention médicale ou à une maladie, ont considéré les auteurs dans leur analyse. Les patients souffrant d’hypothyroïdie, même ceux qui prennent un traitement de substitution, sont connus pour avoir plus de stress et de symptômes qu’une personne en bonne santé’’». Selon les chercheurs, des symptômes secondaires au traitement ‘’pourraient avoir été perçus à tort comme des effets indésirables nocifs plutôt que comme un signe de la nécessité d’une réévaluation du dosage’’».

 

L’ANSM qui (comme la ministre de la Santé) a fait la même analyse, omet de rappeler l’antécédent néo-zélandais. Pourquoi ne l’a-t-elle pas anticipé ? Pourquoi n’a-t-elle pas pris la mesure des effets désormais hautement dangereux des effets nocebos potentiels – associés au bouillon de culture des réseaux sociaux ? De ce point de vue la mise en cause de cette agence – et celle des représentants de l’exécutif – est-elle véritablement une absurdité ?

 

A demain


L'article du JDD

Le JDD du 19 novembre 2017 -Levothyrox