· 

Lévothyrox : que fait Emmanuel Macron ?

Paris, le jeudi 16 novembre 2017 – Puisque les tribunaux peuvent (en partie) fonder leur jugement sur une visite ponctuelle dans une pharmacie, qu’il nous soit permis ici de nous baser sur une expérience restreinte pour apprécier le sentiment actuel des pharmaciens face à l’affaire Lévothyrox. Lundi matin, première heure, un pharmacien parisien délivre sa première boîte de Lévothyrox (nouvelle formule) de la journée et affirme « Désormais, la crise est passée ». Ce pharmacien ne songeait sans doute pas être si fortement détrompé dès le lendemain et dans les jours qui ont suivi. 

 

Inégalité entre les malades (en fonction de leur avocat !)

 

Mardi en effet, le tribunal de grande instance (TGI) de Toulouse a créé la stupéfaction de tous en astreignant les laboratoires Merck Serono à délivrer à 25 patientes de Haute Garonne l’ancienne formule du Lévothyrox (commercialisée sous le nom d’Euthyrox) sous peine d’une astreinte de 10 000 euros par jour par infraction commise ! La surprise a été générale face à ce verdict, même du côté des associations de patients qui l’espéraient pourtant. « On ne s’y attendait pas » a ainsi commenté citée par l’AFP Chantal L’Hoir, fondatrice de l’Association française des malades de la thyroïde (AFMT). Mais déjà,  même si beaucoup espèrent que cette première fera "jurisprudence", les critiques pointent. L’avocat Christophe Lèguevaque, qui n’a pas défendu ce dossier phare, a ainsi regretté interrogé par BFM que la décision créé une inégalité entre les malades. 

 

Merck ni responsable, ni coupable

 

Les laboratoires Merck Serono, pour leur part, ont confirmé hier qu’ils allaient faire appel de la décision. Continuant à considérer que la diffusion et l’approvisionnement en Euthyrox ne relèvent pas de leur responsabilité mais de celle des autorités, et rappelant la persistance de 40 000 boîtes de l’ancienne formule, ce qui est en théorie suffisant pour répondre aux demandes (moins de 20 000 patients ont signalé des effets secondaires à l’ANSM), Merck Serono s’interroge d’une manière générale : « Où était donc l’urgence d’aller prendre une ordonnance en référé d’heure à heure ? ». Cependant, les laboratoires ont assuré qu’en dépit de l’appel qui n’est pas suspensif, ils allaient mettre en place les mesures pour assurer l’accès au traitement aux 25 patients. Par ailleurs, à la demande des autorités, 200 000 boîtes supplémentaires de l’ancienne formule seront importées d’ici la fin de l’année, afin « d’accompagner plus longtemps » les patients le nécessitant a précisé le PDG de Merck Serono France, Thierry Hulot. On soulignera, fait inattendu, que la position des laboratoires est défendue par l'ancien député socialiste et médecin Gérard Bapt. Pour lui, en effet, interrogé par France Bleu : « La responsabilité est aux institutions qui ont ordonné ce transfert, sans précaution (…). Le maître d’orchestre dans cette affaire, c’est l’Agence du médicament. Elle n’a pas informé ou en tous cas pas assez, les pharmaciens et les médecins, et encore moins les associations de patients ». 

 

A quand une lettre des patients satisfaits de la nouvelle formule ?

 

L’annonce de ces 200 000 boîtes supplémentaires ne suffira sans doute pas à calmer la fronde des patients qui réclament le retour définitif de l’ancienne formule. Sur France TV Info, Nell Gaudry, porte-parole de l’AFMT dénonce un « enfumage » et prédit que le médicament ne sera pas accessible dans les pharmacies. Elle va même jusqu’à affirmer qu’une « majorité » de patients souffrent de « graves effets secondaires » ce qui ne transparaît nullement dans l’étude de pharmacovigilance de l’ANSM. Nell Gaudry affirme encore que « seuls les Français servent de cobaye » (dans les faits, le contexte très contrasté de la distribution de la lévothyroxine en Europe et dans le monde ne permet pas réellement d’établir de comparatif et de conclusion définitive de ce type). 

 

Où se cache le mépris ?

 

Le terme de "cobayes" est également utilisé dans une lettre adressée par 600 patients à Emmanuel Macron ! Ces derniers qui se présentent donc comme « Les Cobayes victimes du Nouveau Lévothyrox » reprochent (en citant Camus !) le silence du Président de la République sur cette affaire ! « Ce silence de votre part pourrait être interprété comme de l’indifférence au mieux, du déni de leur souffrance au pire, car vous êtes Président de tous les Français », écrivent ces patients. Dans cette missive, ces derniers insistent notamment sur le mépris qu’ils ont ressenti de la part des médecins et des autorités sanitaires. Sans doute l’absence d’information en a été la première marque, mais il n’est pas certain que le retour d’un médicament moins stable constituerait réellement une marque parfaite de considération. 

 

 

Aurélie Haroche

Source Journal International de Médecine