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Levothyrox : un scandale sans queue ni têtes

Ce que nous pensons de cet article paru dans "Libération" le 23 novembre 2017 à lire ci-après.

 

Une fois de plus, pas un mot sur l'action en justice toulousaine, dans laquelle, 25 toulousains défendus par Maître Jacques Levy (connu également pour avoir défendu des patients dans le dossier Médiator) ont gagné dans une Assignation Heure à Heure, le 14 novembre dernier, contre Merck, contraint de mettre à leur disposition en Pharmacie leur traitement Euthyrox (Levothyrox ancienne version) sous 48h00.

Même si tous les plaignants bénéficiaires de ce jugement exécutoire ont encore du mal à récupérer leur boite dans les pharmacies 10 jours après la contrainte par jugement, les médias semblent avoir oublié que cette action est la première qui a obtenu une issue positive pour les malades... 


La nouvelle formule de ce produit contre les troubles de la thyroïde, pourtant demandée par l’Agence du médicament, provoque des effets secondaires inquiétants. Près de neuf mois après le début de l’affaire, le point sur un pataquès qui aurait pu être évité.

 

C’est passé comme si tout cela était normal. La semaine dernière, le tribunal de grande instance de Toulouse a condamné le laboratoire Merck à fournir «sans délai le produit ancienne formule» du Levothyrox. Oui, vous avez bien lu. Alors que les autorités sanitaires avaient exigé en 2013 du laboratoire Merck qu’il change sa formule pour la rendre meilleure, plus stable, voilà que la justice demande, quatre ans plus tard, le retour complet en arrière. Peut-on avoir un exemple plus éclatant de la loufoquerie de l’affaire du Levothyrox ? Et cela alors que l’ancienne formule avait été identifiée comme non stable dans le temps, voire dangereuse. Rarement une crise sanitaire aura abouti à une telle incohérence… sanitaire. Alors que se tient, ce vendredi, un conseil d’administration un rien exceptionnel de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), retour sur ce dossier ubuesque.

 

De quels médicaments dispose-t-on aujourd’hui ? 

En mars donc, une nouvelle formule du Levothyrox était disponible sur le marché, la précédente ayant été jugée non satisfaisante. Huit mois plus tard et après le signalement de quelques milliers d’effets secondaires, tout a été chamboulé. Qu’y a-t-il aujourd’hui sur le marché ? Officiellement, tout va bien. Les patients souffrant de troubles de la thyroïde ont désormais le choix. Selon le ministère de la Santé, plusieurs spécialités sont disponibles. D’abord et bien sûr il y a la nouvelle formule du Levothyrox (Merck), disponible depuis mars 2017 ; autour de 80 % des 2,6 millions de patients concernés l’ont adoptée.

A côté, il y a un nouveau produit, le L-Thyroxin Henning de chez Sanofi : depuis sa mise sur le marché le 16 octobre 2017, plus de 300 000 boîtes sont dans les officines et plus de 400 000 supplémentaires sont attendues d’ici à la fin du mois de décembre. Dans les faits, contrairement aux propos du ministère, beaucoup de patients disent avoir du mal à en trouver en pharmacie. Et il y a toujours le L-Thyroxine en gouttes, du laboratoire belge Serb.

Quant à l’ancienne formule qui devait complètement disparaître, elle a fait un retour spectaculaire avec près de 200 000 boîtes distribuées dans les officines début octobre 2017. Et ce n’est pas tout, selon la Direction générale de la santé, «d’autres spécialités seront mises à disposition des patients, notamment la spécialité Thyrofix (Unipharma)». Que demander de plus ?

 

Quid des effets secondaires ?

Silence, on n’en parle plus. A l’Agence du médicament, on refuse de revenir sur cette question en pointant le peu de fiabilité des chiffres globaux. Et on reste sur le rapport de mi-octobre, avec 14 633 signalements d’effets indésirables liés à la nouvelle formule du Levothyrox. Au passage, l’organisme de contrôle exonère la nouvelle formule. «Aucun effet indésirable d’un type nouveau, qui serait spécifique de la seule nouvelle formule, n’a été retrouvé», a affirmé le rapport. De plus, les symptômes les plus fréquemment rapportés (fatigue, maux de tête, insomnies, vertiges, douleurs articulaires et musculaires, etc.) étaient «déjà connus avec l’ancienne formule du Levothyrox», précise l’ANSM. Et pour se rassurer encore, l’agence précise que ces effets secondaires auraient touché à peine plus de 0,5 % des 2,6 millions patients.

 

Dans les faits, bien des éléments manquent. L’ANSM refuse de dire le nombre d’effets indésirables signalés avant l’arrivée de la nouvelle formule en mars, ayant transmis les chiffres à la justice. Une absence de transparence qui ne permet pas la moindre comparaison avec la nouvelle formule. Quant aux effets indésirables liés à cette dernière, le professeur Bernard Bégaud, qui dirigeait jusqu’à cet été la plus importante unité de pharmacovigilance de France à l’université Bordeaux-II, se montre circonspect : «Dans les 15 000 effets indésirables, il y en a que l’on attendait, mais il y a toute une série d’autres que l’on n’explique pas. Comme les chutes de cheveux qui ne sont pas du tout classiques dans la symptomatologie des maladies de la thyroïde. Est-ce que ce sont des effets de coïncidence ? Cela mériterait que des chercheurs d’horizons variés travaillent ensemble.» Et ce pharmacologue de lâcher un peu désabusé : «On reste aussi troublé par la masse des effets, dont un tiers n’a a priori pas d’explication rationnelle. Toutes les hypothèses ont-elles été explorées ? J’avoue que je reste un peu sur ma faim.»

 

Sur le front judiciaire

Comme toujours quand un dossier sanitaire est confus et mal géré, la justice s’invite, entre demandes de dédommagement et recherches de responsabilité. Sur le Levothyrox, cela part dans tous les sens. Récemment, un médecin généraliste installé à Reims (Marne) a porté plainte contre X pour «tromperie aggravée» après que plusieurs de ses patients malades de la thyroïde se sont plaint des effets secondaires de la nouvelle formule du Levothyrox commercialisée par Merck.

Hormis ce type de démarche classique, une action collective, construite avec l’aide d’une plateforme en ligne, a été lancée. Une première en France, qui a mené au dépôt de plus de cent assignations contre les laboratoires Merck auprès du tribunal d’instance de Lyon. «Après ces premières assignations, quelque 3 500 plaignants seront réunis, à terme, dans cette action collective et conjointe visant à obtenir rapidement l’indemnisation des malades», a précisé Christophe Lèguevaques, l’avocat qui mène ce combat, précisant que «1 200 dossiers sont en cours de constitution».

 

Enfin, il y a aussi la plainte avec constitution de partie civile déposée par l’ancienne magistrate Marie-Odile Bertella-Geffroy, pour «tromperies aggravées sur les qualités substantielles de la marchandise entraînant un danger pour la santé de l’homme», pour «atteintes involontaires à l’intégrité physique», mais aussi pour «homicides involontaires et mise en danger de la vie d’autrui», et encore «non-assistance à personne en danger». Elle regroupe plus de 400 patients, pour plusieurs années de procédures en perspective.

 

Et après ?

«Ça y est, après six mois vraiment pénibles, j’ai trouvé un médicament qui me convient», nous détaille Nicole L. L’histoire de cette jeune femme est banale. Elle raconte comment elle n’a rien su, ni rien vu venir. «Cela faisait dix ans que je prenais mon médicament, et je ne m’apercevais plus de rien.» Au début, on lui a juste parlé de changement de boîte. Puis des troubles arrivant, elle a cru que ses symptômes étaient liés à d’autres médicaments qu’elle prenait : «Mon médecin paraissait complètement démuni.» Jusqu’à cet été, où elle a compris la cause. «Ce n’est pas la mort, mais même aujourd’hui, le médecin vous regarde comme si on avait exagéré…»

Pour elle, comme pour tant d’autres, l’affaire s’achève. Peut-on, pour autant, fermer la porte et se satisfaire de l’analyse faite par la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, qui a évoqué au tout début de l’affaire qu’il n’y avait «ni fraude, ni complot, ni même erreur», «juste un problème d’information des malades» ?

Rétrospectivement on peut, en tout cas, se poser une question triviale : pourquoi diable avoir demandé à Merck de changer un peu sa formule en 2013 ? La réponse officielle est que ledit produit n’était pas très stable. Mais ne suffisait-il pas de réduire, simplement, la durée de péremption à deux ans au lieu de trois ? Cela répondait presque totalement au problème de stabilité. On ne l’a pas fait. Pour la petite histoire, la nouvelle formule a, désormais une date de péremption de deux ans, et non plus de trois.

 

Source : Libération du 23 novembre 2017 - Eric Favereau


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Commentaires : 4
  • #1

    kikidit (vendredi, 24 novembre 2017 10:24)

    «Ça y est, après six mois vraiment pénibles, j’ai trouvé un médicament qui me convient»
    - On a oublié de préciser quel était le médicament de Nicole ! !
    "L’histoire de cette jeune femme est banale"
    - le mot "banale" ne m'aurait pas plu si j'étais Nicole !
    «Ce n’est pas la mort, mais même aujourd’hui, le médecin vous regarde comme si on avait exagéré…»
    - ce n'est pas la mort pour Nicole mais pour les autres ?
    "Pour elle, comme pour tant d’autres, l’affaire s’achève"
    - que l'on me donne la preuve qu'aujourd'hui TOUT le monde a retrouvé sa santé !
    "La réponse officielle est que ledit produit n’était pas très stable"
    - ils en ont mis du temps pour trouver qu'il n'était pas stable ! 23 ans sans problème pour ma part ! !
    - Par contre leurs mensonges sont bien stables depuis 8 mois !

    OBSOLESCENCE PROGRAMMEE D'UN MEDICAMENT .

    Ils n'ont jamais entendu parler de cela les journalistes ? Ah là là ! ! ! il faut tout leur dire !

  • #2

    levotoxique (vendredi, 24 novembre 2017 14:49)

    Pourquoi lévothyrox nouvelle formule et lévothyrox ancienne formule ?
    Pourquoi avoir conservé le même nom pour un médicament différent ?
    Une fois de plus pour mieux brouiller les pistes . . . et embrouiller les gens qui ne connaissent rien à "l'affaire" !
    Tout était prémédité d'avance !
    Il est vrai qu'avec une appellation différente, on a beau être idiot, on aurait vu tout de suite que le "non-substituable"
    avait été substitué ! ! !

  • #3

    David Diana (dimanche, 26 novembre 2017 04:43)

    C'est honteux et criminel les agissements pas seulement des labos concernées mais aussi de ceux qui nous gouvernent ...je considère que on manque à l obligation du gouvernent de veiller pour la sécurité de son peuple chose que il ne fais pas sinon lo contraire ... quelle déception

  • #4

    André (dimanche, 26 novembre 2017 18:37)

    Bonjour,
    Epouse de médecin généraliste, âgée de 71 ans, j'ai pris le LEVOTHYROX sans aucun problème depuis l'âge de 25 ans après cancer important de la thyroïde; un dérèglement s'est présenté pendant la période du générique il y a 3 ou 4 années avec TSH à 5,5, extrasystoles et chutes de cheveux sans que j'attribue tout cela au générique; j'ai compris quand il a été supprimé.
    Les mêmes causes ont de nouveau les mêmes effets en plus grave; nous n'avons pas été avertis du changement de formule avec la nouvelle molécule et j'ai seulement déploré le changement de boîte pas très judicieux non plus; mon TSH a été multiplié par 5 comme certains amis et il a fallu augmenter les doses; le taux est redevenu normal mais les ennuis ont continué: insomnies infernales, cheveux mous et affinés, extrasystoles infernales et incessantes, sentiment d'oppression, crampes le soir, douleur bizarre derrière le genou gauche la nuit, sentiment bizarre de raideur dans le cerveau qu'un malade de mon mari a aussi, sensation dont je n'osais pas parler (sensation supprimée avec le bêta bloquant ALVOCARDYL); tension à 18 au lieu de 14; j'ai consulté un cardiologue qui a réalisé une échographie, constaté le 18 de tension, les extrasystoles et pire, une fuite mitrale modérée de grade2 dans l'oreillette, une mini fuite aortique grade1; ce cardiologue avait été consulté il y a 2 ans à cause du stress engendré pendant les grosses opérations de mon mari et m'avait félicitée pour mon coeur de jeune fille!
    La LTHYROXINE me donne les mêmes effets sauf les crampes, extrasystoles pires; je prends donc EUTHYROX commandé en Italie et tout va bien pour le moment; ils parlent de le supprimer, que faire?
    Merci et bien cordialement vôtre
    Mme André 0664373470