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France Info a reçu Claude Halmos, psychanalyste

C'est dans ma tête. La mobilisation autour du Levothyrox

 

 

Une manifestation organisée par l’Association Française des Malades de la Thyroïde (AFMT) aura lieu demain dimanche 3 décembre 2017, à Bourgoin-Jallieu devant l’une des usines qui produit l’Euthyrox, l’ancienne formule du Levothyrox des Laboratoires Merck. On sait par ailleurs qu’une action collective (qui porte sur le défaut d’information et le préjudice d’angoisse) a été lancée, au civil, contre ce laboratoire.

 

Comment expliquer une telle mobilisation ?    

Elle s’explique d’abord par la réalité. Le Levothyrox soigne des troubles dus à la thyroïde qui, s’ils ne sont pas traités correctement, affectent l’état général des malades et peuvent les empêcher de vivre. Ces malades ont donc, par rapport aux médecins et aux médicaments, de très grandes attentes.  

 

Quelles sont les attentes des malades sur le plan psychologique ?

Il faut comprendre qu’une personne qui souffre d’une maladie grave se trouve dans une situation psychologique très particulière et très difficile. Parce qu’elle est aux prises avec une maladie qu’elle ou qu’il ne peut pas combattre seul(e). Et qu’elle est totalement dépendante, pour y arriver, des médecins et des médicaments. Et comme il s’agit de sauver sa vie ou la qualité de sa vie, elle se retrouve, par rapport à eux, dans une position de très grande fragilité. Parce qu’elle a l’impression qu’ils sont tout puissants alors qu’elle-même est dans un état d’impuissance et de vulnérabilité, qui évoque d’ailleurs celui du tout petit enfant par rapport à l’adulte, dont sa vie dépend.  

 

Et donc cela influe sur son rapport aux médicaments ?  

Bien sûr. Parce que le médicament c’est la "chose bonne" que le médecin a le pouvoir de donner, à cet enfant qu’est le malade, pour que sa souffrance s’arrête et que sa vie continue. Si le médecin ne le fait pas, ou si le médicament est inadapté, le malade se sent non seulement abandonné, mais littéralement livré à la souffrance et même à la mort. Cela provoque évidemment chez lui une angoisse énorme. Mais aussi une immense colère. Parce qu’il se sent trahi par le médecin ou le médicament auxquels il avait fait confiance.  

 

Vous pensez que, dans le cas du Levothyrox, les malades se sentent trahis ?  

Bien sûr. Et ils ont raison. Parce qu’ils l’ont été. La formule du médicament qu’ils prenaient (et qui était - quasiment - le seul sur le marché) a été changée sans qu’on les prévienne. Et quand, à la suite de ce changement, des symptômes sont apparus, on les a niés. C’est d’une violence très grande et très destructrice. Les malades aujourd’hui se battent, et c’est une bonne chose. Parce que c’est aussi pour eux un moyen de ne pas sombrer psychologiquement.

 

Mais il est clair que de telles pratiques ne peuvent qu’accroître la défiance envers la médecine et, au-delà d’elle, envers toutes les autorités. Et donc faire le lit de toutes les fausses théories, de toutes les fausses croyances, qui ne demandent aujourd’hui, on le sait, qu’à se développer.