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Le Levothyrox® nouvelle formule pose problème en France. Pourquoi ?

Le Dr Claeys explique en détail pourquoi la thyroïde peut être à l'origine de vos symptômes, même quand les analyses sont « normales », comment faire le bon diagnostic et surtout ... Le Dr Benoît Claeys soigne depuis plus de 10 ans dans son cabinet de Waterloo (Belgique) des personnes souffrant d'hypothyroïdie.

 

Nous partageons quelques extraits d'un article paru sur le site LA NUTRITION que vous pourrez lire dans son intégralité

 


La composition du nouveau Levothyrox®

Mais que contiennent finalement les comprimés Levothyrox® nouvelle génération ? Il suffit de consulter la notice du brevet que Merck a déposé en 2014. 

La composition varie évidemment selon le dosage de substance active : nous allons voir pourquoi.

Fabriquer un comprimé de médicament n’est pas aussi simple qu’il y paraît. Il faut que la substance active reste stable dans le temps, que la substance active soit libérée lentement ou rapidement selon le cas, que le comprimé ne se décompose pas. La substance active doit être libérée au bon endroit du tube digestif, là où elle doit être absorbée. Les additifs (excipients) nécessaires à ces fonctions nécessaires ne doivent pas provoquer des effets secondaires. Bref, toute une série de contraintes.

En plus de la lévothyroxine, la substance active, le Levothyrox® contient donc 7 excipients.

  • La farine de maïs est destinée à donner le volume nécessaire au comprimé : ni trop petit ni trop gros. Ceci dit, je rencontre de plus en plus de personnes hypersensibles au maïs. 
  • L’acide citrique est quant à lui destiné à préserver la stabilité de la lévothyroxine. Mais certains auteurs disent qu’elle augmente cette stabilité, d’autres disent l’inverse. L’acide citrique augmente la salivation, ce qui devrait accélérer l’absorption de la lévothyroxine. 
  • Le sel de sodium améliore la dissolution du comprimé.
  • Le mannitol est un polyol (« sucre-alcool ») qui a tendance à perdre un ion hydrogène en solution aqueuse, ce qui acidifie la solution. Pour cette raison, il n'est pas rare d'ajouter une substance pour ajuster son pH, comme le bicarbonate de sodium. Que l’on retrouve dans les comprimés de Levothyrox®. J’en reparlerai plus loin.
  • L’hydroxybutilène tolué (BHT) est un additif destiné à réguler la vitesse de désintégration du comprimé. Quel est l’avis de l’ANSES sur le BHT ? Sur la base d’études réalisées in vitro, le BHT pourrait exercer un effet perturbateur endocrinien : il agirait comme un œstrogène et un anti-androgène. Pour mémoire, administrer un oestrogène sans compensation par une progestérone bloque la conversion T4 vers T3 et est donc nocif pour la fonction thyroïdienne. Il n’existe pas de données animales qui confirmeraient ce mode d’action. Des études montrent que le BHT a une action sur la thyroïde du rat avec des modifications de la concentration des hormones thyroïdiennes, ainsi qu’à une hyperplasie (augmentation de volume) de la thyroïde et provoque des tumeurs de la thyroïde. Un produit que l’on n’aime donc pas trop voir figurer dans un médicament…

Une histoire de brevets ?

Dans sa note du 16 octobre 2017 sur «La crise du Levothyrox® en France : une obsolescence programmée ?», l’association « Vivre sans thyroïde » rappelle que : « Le Levothyrox® présente une caractéristique particulière : son principe actif est une hormone de substitution, la copie d’une hormone endogène sécrétée naturellement par le corps, la thyroxine (T4). Brevetée en 1926, la thyroxine de synthèse est ensuite tombée dans le domaine public. Le brevet du Levothyrox® concerne donc la formulation (excipients et méthode de fabrication) et non pas le principe actif. Le brevet de cette formulation a été déposé en 1999 par la firme Merck et tombera à son tour dans le domaine public en 2019. »

Comme le remarque l’association, l’existence de ce monopole et le dépôt par Merck d’un brevet en 2014 sur la nouvelle formule du Levothyrox® en France soulèvent des questions. 

Pour éviter la concurrence d’un générique, certaines firmes pharmaceutiques modifient un aspect du produit original, de manière simple mais innovante et déposent un nouveau brevet pour le même médicament. 

Cette stratégie de marché est appelée « evergreening ». Ainsi, l’ancienne formule du Levothyrox® dont le brevet nouvelle formule expire en 2019, est déclarée moins stable et est retirée progressivement du marché. La firme GSK, un concurrent de Merck dans le domaine des hormones thyroïdiennes, a fait de même dans d’autres pays comme nous le verrons.


On retrouve clairement un mélange des tableaux cliniques attendus d’hypo et d’hyperthyroïdie, sauf pour la chute de cheveux qui indique toujours une hypothyroïdie, souvent associée à une carence en zinc. Des maux de tête et problèmes de sommeil peuvent apparaître aussi bien dans l’hypothyroïdie que dans l’hyperthyroïdie. 

Les douleurs musculaires et articulaires sont clairement des signes d’hypothyroïdie (ou sont liées à d’autres maladies).

Comme le rappelait le document d’information envoyé aux professionnels de la santé en mars 2017, l’ANSM avait anticipé un déséquilibre en hormones thyroïdiennes chez certains types de patients. Le rapport de l’ANSM de mars 2017 identifie 1150 cas évocateurs d’une hypo ou d’une hyperthyroïdie. Sur ces 1150 cas, 396 seulement ont fourni un bilan thyroïdien interprétable. Et sur ces 396 cas, 223 ont montré que des déséquilibres ont bien eu lieu avec un marqueur sanguin (la TSH) en dehors des normes.  Mais la TSH n’est pas un bon indicateur d’une fonction thyroïdienne correcte : c’est ce que disent toutes les publications récentes.

Curieusement, le rapport de l’ANSM note que des personnes en hyperthyroïdie marquée ressentaient également des signes d’une hypothyroïdie. Ce qui est classique en cas de carence en zinc, essentiellement. Plus étonnant, ces effets ont disparu dans un temps très court chez les patients qui sont revenus à l’ancienne formule du Levothyrox® ou qui ont basculé sur une autre alternative.

Si on se souvient que le temps de présence du Levothyrox® dans l’organisme est d’une semaine (le temps de demi-vie, le temps de la disparition de 50% du médicament), la disparition des effets indésirables dans un temps bref est compréhensible.


Le second coupable

Selon les premiers résultats de l'enquête de pharmacovigilance publiés le 10 octobre 2017 par l'ANSM, la majorité des effets indésirables signalés depuis l'arrivée du nouveau Levothyrox® sont dus à "un déséquilibre thyroïdien" causé par le changement de traitement et non à la nouvelle formule elle-même. 

« Tous les effets indésirables témoignent d'un déséquilibre thyroïdien en lien avec le changement de traitement ; aucun effet indésirable d'un type nouveau, qui serait spécifique de la seule nouvelle formule, n'a été retrouvé », explique l’Agence du médicament. « Tout changement de spécialité ou de formule peut modifier l'équilibre hormonal et nécessiter un réajustement du dosage » qui peut prendre « un certain délai », poursuit-elle. 

Pourtant, au moment de la commercialisation de la nouvelle formule du Levothyrox®, cette mise en garde n’avait pas été émise pour la population générale traitée par le Levothyrox® mais uniquement pour les personnes « à risque ». Cette conclusion publiée par l’ANSM prouve donc qu’un meilleur suivi de l’ensemble des patients traités pour un désordre thyroïdien (par dosage systématique de la TSH lors de la prise de la nouvelle formule), aurait pu limiter les effets secondaires, ou du moins permettre de limiter la panique de ces derniers mois via une meilleure information en amont. 

La mesure de la TSH est pourtant un très mauvais marqueur de la fonction thyroïdienne : il faut mesurer la T3, l’hormone active.


Pour 10% des patients doser la TSH ne fonctionne pas : la TSH n’est pas chez eux un indicateur fiable de leur fonction thyroïdienne. Mais il a bien pire. Peu de médecins dosent la vitamine B9 et B12 dans le suivi de la fonction thyroïdienne. Extrêmement peu de médecins dosent le zinc, absolument indispensable au fonctionnement de la T3. Pas de zinc ? La T3 ne rentre pas dans la cellule et s’accumule dans certains organes, alors que d’autres organes vont donner des signes de carence. Oui, en cas de carence en zinc on peut très bien présenter des signes d’hyperthyroïdie et en même temps des signes d’hypothyroïdie. 

C’est ce que j’explique sur mon site internet et c’est ce que j’explique en détail dans mon nouveau livre sur la thyroïde à paraître chez Thierry Souccar en 2018. Le zinc est à la fonction thyroïdienne ce que l’essence est à la voiture : pas d’essence, votre voiture ne roule plus.

Selon mon expérience plus de 50 % des hypothyroïdiens sont carencés en zinc. Pourquoi ? Nous trouvons le zinc essentiellement dans la viande rouge mais une partie grandissante de la population en mange moins. Mais la majeure partie des personnes carencées en zinc sont des personnes qui souffrent d’intolérances ou d’hypersensibilité alimentaires : elles ne peuvent pas résorber le zinc même si leurs apports en zinc sont corrects. Je connais beaucoup de médecins qui ne demandent jamais un dosage du zinc, et j’en connais qui refusent de demander un dosage du zinc. Fuyez ces médecins.

Faisons un calcul rudimentaire. Environ 2 600 000 Français prennent du Levothyrox®. Cela signifie qu’environ 260 000 Français ne peuvent pas être suivis correctement par un dosage de la TSH car ce dosage est inopérant dans 10% de la population. Un changement d’excipient peut expliquer chez eux des problèmes de la fonction thyroïdienne.


Bien que ces pistes n'expliquent pas tout :

Les gamma GT augmentées très au dessus des normales hautes, tout comme le taux de potassium, le mauvais cholestérol, ou encore la bilirubine... et qui repartent dans les normes dès le retour vers le Levothyrox AF ou une alternative (L-Thyroxine Henning par exemple)


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