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BHT - avis de Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES)

Extrait du rapport de l'ANSES

3.3. Le BHT (hydroxytoluene butylé, n°CAS 128-37-0)

 

Le BHT entre dans la composition de produits à usage industriel, professionnel et grand public.

L’autorité compétente française a demandé à l’Anses d’évaluer le profil toxicologique du BHT du

fait de son analogie de structure et des usages communs avec le BHA qui a déjà fait l’objet d’un

avis de l’agence concernant l’analyse de la meilleure option de gestion en 2014 et qui fut évaluée

en 2015 afin de vérifier si des mesures de gestion des risques étaient nécessaires pour cette

substance.

 

Le BHT est utilisé en tant qu’antioxydant dans des produits d’alimentation animale et dans des

denrées alimentaires destinées à l’homme, comme additif. Il est utilisé dans des cosmétiques et

produits de soin et d’hygiène, dans des huiles végétales et animales et dans des savons. Il est

aussi utilisé dans des médicaments, produits phytopharmaceutiques, parfums, cires, produits

d’entretien, biocides (désinfectants), peintures, caoutchoucs et plastifiants, certains de ces usages

n’étant pas couverts par la réglementation REACH. Il est utilisé comme lubrifiant. Il protège contre

l'oxydation de matériaux pendant un stockage prolongé.

 

Il est inclus dans la « liste de vigilance 7 » de la Directive-cadre sur l’eau depuis mars 2015.

 

Le tonnage produit ou importé dans l’Union européenne est tenu confidentiel. Les tonnages

renseignés dans les dossiers d’enregistrement déposés par les industriels sur le site internet de

l’ECHA sont variables. La soumission conjointe du dossier d’enregistrement par les déclarants

indique que les utilisations annuelles de BHT sont comprises entre 100 et 1000 tonnes alors qu’un

dossier d’enregistrement individuel indique un tonnage supérieur à 10 000 tonnes/an.

 

Il n’existe pas de classification harmonisée pour le BHT et une proposition de classification

Catégorie 1 pour la toxicité aquatique chronique a été faite par le déclarant principal.

 

Il existe des notifications de classification enregistrées auprès de l’ECHA dans l’inventaire de

demandes de classification pour cette substance.

 

■ Dangers pour l’Homme

Une analyse du profil toxicologique du BHT a été réalisée, en particulier portant sur :

  • • la toxicocinétique
  • • la toxicité aiguë
  • • l’irritation et la sensibilisation
  • • la toxicité par administration réitérée
  • • la mutagénicité
  • • l’immunotoxicité

Concernant la reprotoxicité du BHT, il existe un grand nombre d’études, la plupart anciennes, sur

une ou plusieurs générations, chez la souris ou le rat, qui ne mettent pas en évidence une

altération de la fertilité, même à des doses élevées.

 

Les études prénatales et postnatales disponibles jugées peu fiables (études anciennes, études

avec une faible puissance statistique, ...) montrent des altérations du comportement et des retards

de croissance chez les rats et les souris. Le BHT traverse la paroi placentaire et est également

retrouvé dans le lait maternel, ce qui soulève des inquiétudes sur le développement des jeunes

rats.

 

Concernant un potentiel effet perturbateur endocrinien, sur la base de deux études in vitro présentant des limites méthodologiques, il apparaît que le BHT peut agir comme un œstrogène et un anti-androgène. Il n'y a pas de données animales pour évaluer ce mode d’action PE. Des études montrent que le BHT a une action sur la thyroïde du rat avec des modifications hormonales de la concentration des hormones thyroïdiennes, une hyperplasie et des tumeurs de la thyroïde. A ces modifications histologiques est associée une augmentation de la demi-vie biologique de thyroxine mais sans modification du taux de Thyréostimuline (TSH8). Il y a donc une convergence d’éléments de preuve suggérant que le BHT peut agir sur la thyroïde du fait d’une augmentation du catabolisme hépatique des hormones thyroïdiennes. Néanmoins, en l'état actuel des connaissances, il n'y a aucune preuve directe de ce mode d’action. Par ailleurs, le BHT  entraine une augmentation du poids des glandes surrénales dans différentes espèces de rat.

Les incertitudes décrites ci-dessus ont conduit le CES à proposer d’inscrire le BHT au CoRAP9 2016.

 

■ Dangers et devenir dans l’environnement

 

Le devenir dans l’environnement et l’écotoxicité du BHT ont été évalués dans le cadre du

programme HPV (High Production Volume chemicals) de l’OCDE en 2002 (SIAM 14, 26-28 Mars

2002). Aucune nouvelle donnée n’étant présentée dans le rapport de sécurité chimique (CSR) de

2013, l’évaluation réalisée par le déclarant dans le dossier d’enregistrement de REACH est en

accord avec les conclusions de l’OCDE.

 

Le BHT est photodégradable dans l’air. Aucune étude d'hydrolyse n’a été identifiée : la structure

chimique du BHT ayant un faible potentiel de dissociation. La substance n’est pas facilement

biodégradable dans l'eau. Néanmoins, en tenant compte de sa structure chimique et de sa

fonction d'antioxydant, le BHT est considéré comme relativement instable dans le milieu

aquatique. Le BHT est également instable dans le sol. Seuls certains produits de réaction sont

identifiés.

 

Concernant l'écotoxicité du BHT sur les espèces aquatiques, des résultats expérimentaux fiables

sur poissons, daphnies et algues sont disponibles. Une PNEC10 aquatique de 1,4 µg/L a été définie sur

la base d’une étude long-terme sur daphnie (reproduction 21 jours).

 

Les études fournies lors de l’évaluation du BHT par la Suède dans le cadre du Groupe de travail

européen PBT (2004), malgré leurs faiblesses méthodologiques, donnent suffisamment de

preuves pour conclure que le BHT n’est pas bioaccumulable. Le BHT n’est donc pas considéré

comme une substance persistante, bioaccumulable et toxique (persistent, bioaccumulative and

toxic (PBT.) (cf.annexe XIII du règlement REACH).

 

Selon les voies d'exposition, l’atmosphère, les compartiments aquatique et terrestre peuvent être

des compartiments environnementaux cibles pour cette substance et ses métabolites.

 

Des données de mesures environnementales issues du dossier OCDE ainsi que d’une étude

suédoise montrent que le BHT est retrouvé dans les différents compartiments aquatiques de

l’environnement (eaux usées et effluents de stations d’épuration, eaux de surface, sédiments) à

des niveaux variables. Le BHT a par conséquent été inclus dans la liste de surveillance de la

décision exécutive de la directive cadre sur l'eau (UE) 2015/495 du 20 Mars 2015.

 

Il n’existe pas dans la littérature de donnée indiquant que le BHT aurait un potentiel effet de

perturbateur endocrinien sur les organismes présents dans l’environnement. 

 

Sources : ANSES 

Composition Levothyrox NF

hydroxytoluene butylé
hydroxytoluene butylé (BHT)
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Avis de l’Anses relatif à l’évaluation de 6 substances dans le cadre de la SNPE
Avis de l’Anses relatif à l’évaluation de
6 substances dans le cadre de la SNPE
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