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Levothyrox : «Il faut une étude scientifique précise de ce qui s’est passé»

Claude Pigement, vice-président de l’ANSM, réagit au rapport sur le Levothyrox rendu ce mardi.

Il fut pendant 23 ans le « monsieur santé » du Parti socialiste. L’hépatologue Claude Pigement est aujourd’hui vice-président de l’Agence de sécurité du médicament (ANSM) qui a rendu ce mardi son rapport complet sur le Levothyrox, sans grande nouveauté. Pourtant, selon lui, il faut bel et bien aller plus loin que les annonces officielles.

« Déçus», « catastrophique », les associations se sentent lésées par le rapport...

Claude Pigement. Compte-tenu de leur déception et puisque l’incompréhension est totale entre les pouvoirs publics et les associations, une étude scientifique précise de ce qui s’est passé avec ce médicament devient nécessaire. Tout comme la publication de l’intégralité du rapport de pharmacovigilance de 2012 (qui a justifié le changement de formulation NDLR)

Dix mois après le lancement de la nouvelle formule, les patients ne sont pas apaisés.

Ce qui me préoccupe le plus aujourd’hui est le fossé qui se creuse entre les affirmations d’une élite médicale et la parole des patients. Cela est d’autant plus troublant que les lois Kouchner de 2002 et Touraine de 2016 réaffirment le rôle et la place du malade. Pourtant, depuis des mois, deux mondes existent sans se rencontrer : celui des sachants et celui de ceux qui vivent avec la réalité de leurs effets indésirables.

Qui a raison ?

Il faut rester humble dans les accusations mais je le dis : se retrancher, comme le font certains grands professeurs, derrière l’effet « nocebo » est une solution de facilité ! Je comprends leur trouble face au manque d’explication rationnelle des effets indésirables mais les mettre sur le compte de la résonnance médiatique est trop simple. Il reste une énigme : 67% des malades ont une TSH ( le dosage sanguin des hormones) normale. C’est préoccupant. Il faut des analyses.

L’ANSM, à l’origine du changement de formule, n’a donc joué aucun rôle ?

Si ! On ne peut réduire la crise à elle seule mais il y a indéniablement eu un manque de réactivité de l’Agence. Elle a sous-estimé la sensibilité de ce médicament et n’a pas délivré l’information adéquate. Envoyer 400 000 courriers à l’époque de l’intelligence artificielle, c’est décalé ! Résultat, ce sont des malades dépourvus et en colère. Il faut en tirer les leçons et repenser les outils de santé publique comme imaginer des alertes en rouge sur les ordinateurs des médecins.

De cette agence, vous êtes vice-président depuis 2013. En première ligne donc ...

La vice-présidence n’a pas de rôle exécutif. Il serait ainsi bon à l’avenir que le conseil d’administration soit associé aux crises sanitaires car chacun peut aider à mieux agir. Autre problème, le budget 2018 prévoit plus de missions mais la perte de 23 postes. Si l’État veut que l’ANSM joue son rôle, il ne peut lui raboter ses moyens.

Faut-il réintroduire l’ancienne formule du Levo, qui a refait surface de manière temporaire ?

Il faut se donner du temps avant sa disparition, décider avec l’ensemble des études. Dire que dans quelques mois ce sera fini est un couperet inutile. Ne nous donnons pas de date car nous ne sommes pas au bout du feuilleton.

 

 

Le Parisien 31/01/2018


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Commentaires: 3
  • #1

    sylviane (jeudi, 01 février 2018 11:50)

    Combien faudra-t-il d'analyses, d'études . . . pour que la vérité éclate ?

    Je fais partie des cas "préoccupants" : j'étais devenue comme un légume avec une TSH inchangée !
    J'achète de l'EUTIROX en Espagne depuis 4 mois et mon état de santé est revenu comme avant !
    Il n'empêche qu'intellectuellement j'ai besoin de savoir pourquoi j'ai été malade au point
    que je pensais que c'était la fin . . . !
    Je ne reprendrai JAMAIS cette formule "meilleure" ?!
    et je ne veux pas de génériques ! et je n'ai plus de thyroïde !

    Je considère que je suis en sursis grâce à l'ancienne formule . . .

  • #2

    Alice (vendredi, 02 février 2018 00:13)

    Oui combien d'études, de rapports, de morts ou de patients abîmés à vie??

    Opérée du cancer de la thyroïde en 2010, parfaitement équilibrée depuis avec l'ancienne formule jusqu'en avril 2017 où je prends la nouvelle formule du levothyrox sans le savoir pendant 5 mois qui deviennent un enfer. J'atteris aux urgences après une chute à mon domicile suite à des problèmes de rythme cardiaque graves. J'ai une jambe abîmée à vie, perdu mes cheveux, souffert de brûlures gastriques. De migraines, maux de ventre, crampes à ne pas trouver une position pendant la nuit, insomnies nécessitant la prise de somniferes, moi qui dormait sans problèmes. Et surtout pensées suicidaires graves matinales alors que je n'ai jamais eu de problèmes psychologiques!

    Ma propre cancérologue m'a dit que la NF était un poison, qu'elle subissait des pressions et ne voulait plus de ce fait soigner les patients malades de la thyroïde !!!! On croit rêver ! M'a conseillé de partir à l'étranger pour avoir l'AF. Ce que je fais depuis début septembre. Les effets secondaires ont disparu lentement mais après 6 mois je retrouve une vie normale.

    J'ai perdu toute confiance dans l'Ansm, les Autorités Sanitaires et politiques et certains médecins qui au lieu de prendre en compte notre souffrance physique et psychologique ont préféré nier nos problemes.

    Il faut que la vérité éclate et que l'enquête se poursuive. Merck savait des le départ que 3 à 5 % des patients auraient des effets secondaires et on l'autorise donc à rendre malade cette fraction de patients!!!

    J'appelle celà une mise en danger et une non assistance de la vie d'autrui.

    Puisque Merck savait qu'il y aurait des effets secondaires, il doit dire en quoi la NF a déclenché ces graves problèmes. Lui seul détient la vérité et peut-être l'Ansm?

    Je pense en effet que l'affaire est trop grave pour se contenter d'un effet nocebo. Elle ne s'arrêtera pas là car on a voulu nous bâillonner et nous irons jusqu'au bout pour connaître la vérité.

    On sait parfaitement que la thyroïde ne supporte pas de génériques et sous couvert d'instabilite de l'AF non avérée, on nous ressert un générique avec la NF, le thyrofix.

    Je réclame l'AF en mon nom et en celui des 3 à 5% de sacrifié(e)s sur l'autel du profit et de l'indifférence !

  • #3

    Alice (vendredi, 02 février 2018 00:36)

    Je rajoute que j'ai porté plainte au pénal, je ne pense pas être indemnisée car la procédure sera très longue mais pour connaître la vérité et obtenir l'AF qui convenait parfaitement. Ancienne formule toujours fabriquée à Bourgoin-Jallieu et exportée en Italie!

    Madame Buzin à vous de prendre les mesures nécessaires et d'arrêter cette négation et ce massacre de vies humaines !

    J'ai écrit vainement au Président de la République, à mon député, sénateur et maire de ma commune. Pas de réponse, déni total. Cette attitude irresponsable sera retenue et l'avenir va démontrer que la négation de l'être humain sur du long terme est une véritable bombe à retardement !