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Levothyrox, la fronde menée depuis Reims semble déranger

Vous devrez vous adapter… » Paroles de pharmaciens, voire même de médecins à des patients qui n’ont cessé de se plaindre d’effets secondaires survenus après avoir pris la nouvelle formule du Levothyrox, seul médicament disponible pour soigner les malades de la glande thyroïde. Cette phrase, le Dr Bouvier, médecin généraliste installé à Reims depuis 1995, l’exècre au plus au point. « Il n’y a pas plus grande violence faite aux malades », lâche le praticien qui n’a jamais mâché ses mots, lui qui est à ce jour le seul généraliste à avoir porté plainte contre X « pour tromperie aggravée », face à des symptômes toujours plus violents décrits par ses patients : fatigue extrême, perte de cheveux, maux de tête, insomnies, vertiges, douleurs articulaires ou musculaires…

« Je me suis trouvé dans la situation du professionnel qui a prescrit un médicament qui a rendu malade ses patients ! », rappelle le généraliste qui ne cesse depuis « de chercher une vérité qu’on (lui) refuse. Le laboratoire Merck a modifié la composition du médicament vers mars 2017. Mes premiers patients qui se sont plaints à mon cabinet se sont manifestés au mois de mars. Il y a eu différents troubles d’ordre d’état de fatigue, digestifs, des crampes… Certains avaient des palpitations, d’autres perdaient leurs cheveux. Des patientes ont pris du poids de façon importante (+ 10 kg)… Toutes ces personnes sont des patients que je suis régulièrement et pour lesquelles je prescris du Levothyrox depuis plus de 10 ans ! Je n’avais pas initialement fait le lien avec la nouvelle formule. J’ai donc poursuivi mes prescriptions d’autant qu’il s’agit du seul produit à ma disposition pour traiter cette pathologie. J’étais dans tous les cas obligé de le renouveler… J’ai porté plainte, car j’estime qu’il s’agit d’une tromperie sur la qualité avec une mise en danger de la santé des patients ! J’attends du médicament une efficacité thérapeutique et du laboratoire qui le commercialise une garantie de fiabilité. J’aimerais aujourd’hui qu’on me dise d’où vient ce médicament et ce qu’il y a dedans… Malheureusement, tout est fait pour m’en empêcher. »

 

«Nous vivons dans un pays où la vérité fait peur. J’ai des témoignages absolument désespérés de patients qui évoquent des troubles graves»

Dr Bouvier

N’ayant obtenu aucune réponse à ses questions depuis le dépôt de sa plainte en octobre dernier, le Dr Bouvier a décidé de poursuivre plus avant ses investigations. Aujourd’hui, il a le sentiment qu’on lui refuse d’approcher la vérité. « J’ai déposé plainte et depuis, il s’est passé quelque chose. J’ai travaillé pour faire en sorte que la vérité se manifeste et le gouvernement lui tourne le dos. Je voudrais comprendre. Moi, je veux la vérité et je l’aurai. Depuis le dépôt de ma plainte, j’ai mené de nombreuses investigations sur le laboratoire Merck, ses difficultés financières en 2011, son usine en Chine… J’ai surtout demandé à ce que soit analysée la molécule en question, car les troubles des patients sont, aujourd’hui encore, niés. J’ai cherché la présence de toxine… et fait étrange, à chaque fois que je demande à un laboratoire de faire une analyse toxicologique du médicament, on me le refuse, sans la moindre explication. J’ai notamment demandé aux laboratoires des CHU de Lille et de Reims de faire cette analyse, les deux ont refusé. Nous vivons dans un pays où la vérité fait peur. J’ai des témoignages absolument désespérés de patients qui évoquent des troubles graves. Ils sont en droit de savoir pourquoi, de savoir ce qu’il y a dans ce médicament ! »

Les laboratoires refusent d’analyser le médicament

C’est par un simple mail, en date du 17 janvier dernier, que le CHU de Reims lui a fait savoir que « suite à la réunion de service, le laboratoire ne donnera pas suite à votre demande d’analyse de comprimés ». Un refus que le généraliste ne s’explique pas. « Pourquoi la vérité est-elle si difficile ? Je veux qu’on me réponde ! Je suis médecin depuis 1995, c’est la première fois de ma vie qu’on me refuse une analyse. J’estime qu’il y a danger pour le patient. »Contacté, le CHU de Reims n’a pas donné suite à notre demande d’explication sur le pourquoi de ce refus.

Le Dr Bouvier est loin d’être le seul à rechercher cette vérité. De part et d’autre du territoire, la mobilisation se poursuit pour obtenir réparation devant la justice, tant au pénal qu’au civil. Le collectif des victimes du Levothyrox nouvelle formule du Grand Est, présidé par Marie-Thérèse Picot et ses avocats, se démène depuis des mois pour intenter une action au civil (lire par ailleurs). « Reims se veut à la pointe de la recherche de la vérité »,insiste Me Lefevre, l’avocat du collectif. C’est d’ailleurs grâce à l’action d’un autre avocat Rémois, Me Ludot, qu’une première décision favorable d’expertise sur un malade a été obtenue en justice. L’avocat vient en effet d’obtenir du tribunal administratif de Montpellier qu’une expertise médicale soit ordonnée afin de déterminer si l’état de santé d’une de ses clientes est en lien direct ou non avec la prise du Levothyrox, nouvelle formule. Un expert a été désigné. « La décision obtenue par Me Ludot est capitale », souligne le Dr Bouvier. « Elle va nous dire ce que contient ce médicament. En tant que médecin, je vais poursuivre ma démarche afin que les patients puissent obtenir des expertises. Il s’agit là d’une situation sanitaire tout à fait anormale. Les procédures au civil se multiplient, mais elles ne suffisent pas. Il faut attaquer au pénal. Un vaste procès se prépare avec plus de 2 000 plaintes. C’est plus que le sang contaminé. »

 

 

L'union le 7/2/2018 par Caroline Garnier