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Un député de l’Hérault cible des lobbys des labos

Selon un palmarès réalisé par Mediacités, le député LREM Jean-François Eliaou est le deuxième médecin de l’hémicycle le plus gâté par l’industrie pharmaceutique. Laquelle pratique un lobbying intensif pour tenter d'influencer les lois sur la santé.Selon un palmarès réalisé par Mediacités, le député LREM Jean-François Eliaou est le deuxième médecin de l’hémicycle le plus gâté par l’industrie pharmaceutique. Laquelle pratique un lobbying intensif pour tenter d'influencer les lois sur la santé.

 

Entre 2012 et 2016, les laboratoires pharmaceutiques ont dépensé 9 500 euros en repas, transports, hébergements et invitations à des colloques pour Jean-François Eliaou (La République en Marche). Ce qui vaut à ce nouvel arrivant au Palais Bourbon la deuxième place au classement des députés médecins les plus choyés par l’industrie du médicament, derrière l’élue du Loiret Stéphanie Rist (28 030 euros). Le podium, complété par le Lyonnais Cyrille Isaac-Sibille (3 565 euros), est monopolisé par la majorité présidentielle. Celle-là même qui a tenu à initier cette nouvelle mandature en votant une loi sur la moralisation de la vie publique : il lui avait d’ailleurs été reproché le manque de mesures d’encadrement des lobbies.

 

 

Mediacités révèle en exclusivité ce palmarès des médecins de l’Assemblée les plus gâtés par l’industrie pharmaceutique, réalisé grâce à l’extraction de données réunies par l’association Regards citoyens à partir du site transparence.sante.gouv.fr. Ce site, lancé en 2014, répertorie les médecins qui entretiennent des liens d’intérêts avec les laboratoires pharmaceutiques. Jean-François Eliaou y figure comme plus des trois-quarts des praticiens hospitaliers.

Les 9 500 euros versés en quatre ans équivalent au salaire mensuel de ce praticien hospitalier professeur à l’université de Montpellier, selon sa déclaration auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Pour les médecins enseignants comme lui, les laboratoires ne lésinent pas sur les moyens, dans l’espoir d’influencer le prescripteur de médicaments d’aujourd’hui et ceux de demain, à savoir les élèves. Jean-François Eliaou n’exerce plus en tant que pédiatre et a abandonné son poste de chef de service suite à son élection en juin 2017. « Très sensible à tout ce qui concerne les conflits d’intérêts », il précise avoir également démissionné du conseil scientifique de Orega Biotech, société qu’il a fondé.

 

Une « avalanche de sollicitations » de l’industrie pharmaceutique

 

Par ailleurs, il indique avoir choisi de ne pas siéger à la commission des affaires sociales pour « se protéger » et « se sentir libre de refuser l’avalanche de sollicitations de la part du “big pharma” ». Depuis son élection, il dit recevoir une invitation toutes les deux semaines, environ, qu’il décline.

 

Si les députés médecins occupent 5% des sièges de l’Hémicycle, ils trustent 15% de ceux de la commission des affaires sociales – qui préparent les lois du secteur de la santé – et ont chasse gardée sur la moitié des postes à responsabilité. Mais tous les députés sont amenés à voter les lois sur la santé, d’où l’intérêt pour les lobbyistes de l’industrie pharmaceutique de miser sur les liens passés et de cibler tous les députés médecins, y compris ceux qui ne siègent pas aux affaires sociales.

 

Un déplacement à 2 650 euros

 

En ce qui concerne le parlementaire LREM de l’Hérault, ce n’est pas tant la fréquence des rendez-vous avec l’industrie pharmaceutique (un tous les deux mois environ) qui surprend que le montant de certains séjours, tous frais payés. Ce déplacement à un congrès le 25 juin 2014 pour 2 650 euros, financé par le laboratoire InGen, par exemple ? Il s’en souvient à peine. « Je ne suis jamais allé à Acapulco ou Honolulu, cela devait être en Europe. Quand on prend l’avion et qu’on loge dans un hôtel à peu près correct pendant trois jours, on atteint vite ce montant, se justifie le député. Je m’y suis rendu pour me former à l’occasion d’un colloque organisé par le laboratoire. Il est normal que cela ne soit pas par mes propres moyens. Il faut parfois faire appel à la bonne volonté de l’industrie pharmaceutique. Tant qu’elle ne demande pas de contrepartie et qu’elle est honnête, je n’y vois pas d’inconvénient. »


La formation médicale continue est effectivement financée à hauteur de 98% par l’industrie pharmaceutique, selon un rapport de l’inspection générale des affaires sociales (Igas), faute de budget public. Ce qui contribue à banaliser ces relations étroites entre les labos et les médecins.

Source : mediacites.fr

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Article Mediacites du 12/02/2018
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