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Levothyrox : «Moi, médecin, j'ai été trompé», témoigne un professionnel

« Pas assez à l'écoute », « dédaigneux »... Dans la crise sans fin du Levothyrox, malgré l'annonce vendredi de l'arrivée d'un générique, des patients reprochent au monde médical de n'avoir pas pris la mesure de leur souffrance qu'ils lient à la nouvelle formule du médicament de la thyroïde. Pharmaciens, endocrinologues... des voix commencent pourtant à s'élever. A Reims (Marne), le docteur Nicolas Bouvier, médecin généraliste de 48 ans, va plus loin. Après avoir déposé plainte contre X pour tromperie aggravée, il a saisi le Défenseur des droits, bien décidé à obtenir des réponses. En attendant, il ne prescrit plus de Levothyrox...

En quoi avez-vous été trompé ?
Nicolas Bouvier. Je l'ai été sur la qualité du médicament que je prescrivais à mes patients. Le laboratoire Merck, qui fabrique le Levothyrox, garantissait que la nouvelle formule n'allait pas les affecter. Or, dès sa mise en place, j'ai trouvé face à moi des personnes avec des troubles tellement nombreux, intenses et anormaux par leur fréquence que j'ai compris que nous étions dans une situation très grave. J'ai été trompé en tant que médecin, et les patients, eux, en ont été victimes.

 

D'avoir subi des effets indésirables ?
De n'avoir pas eu un traitement au sens noble du terme, c'est-à-dire qui les soignait ! Au départ, nous pensions que les symptômes — perte de cheveux, troubles cardiaques, troubles digestifs, fatigue — allaient s'estomper, mais rien n'y faisait. Pis, certains qui allaient bien au début du changement de formule présentent aujourd'hui des troubles préoccupants. J'ai exercé pendant dix ans en tant que pharmacologue à l'hôpital et je vois bien que quelque chose cloche. J'ai donc décidé de ne plus le prescrire mais de lui préférer ses substituts. Le problème est que les obtenir en pharmacie est un parcours du combattant.

Comment savoir si vous êtes dans le vrai, alors que beaucoup de vos confrères évoquent un effet nocebo (psychologique) pour expliquer les troubles ?
Ma réponse, c'est cette lettre, parmi tant d'autres, que j'ai reçue d'une dame sous nouvelle formule. Elle m'expliquait qu'elle faisait des malaises, avait des angoisses nocturnes, des douleurs. Son médecin lui a dit que ça venait de son oreille gauche. Circulez, il n'y a rien à voir, en somme. J'en suis consterné. Certains préfèrent se moquer de leurs patients sur les réseaux sociaux que se pencher sur les documents, faire des recherches. Je ne m'inscris pas dans cette médecine de caniveau. Par leur mobilisation, les patients sont en train de nous donner une grande leçon.

Qu'attendez-vous du Défenseur des droits, saisi pour la mise à disposition de l'ancienne formule ?
Déjà, une réponse. J'espère que son présent silence n'est pas une absolution de la gestion désastreuse de la crise par les autorités de santé car, en attendant, des gens souffrent. Je ne suis pas un habitué des coups de gueule mais cette situation inédite mérite largement l'engagement des médecins au côté des malades.

 

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Commentaires: 3
  • #1

    VANDENNOORTGATE Eric (samedi, 18 novembre 2017 17:58)

    Merci

  • #2

    nicole Noël (dimanche, 19 novembre 2017 09:25)

    j'ai aussi fait une plainte auprès du défenseur des Droits le 8/11,pas de nouvelles
    faites comme moi,il verra que c'est sérieux
    ça se fait sur internet très facilement

  • #3

    Billard Chantal (mardi, 28 novembre 2017 15:10)

    Un grand merci a ce médecin courageux